L’après-midi où ma cousine a franchi la porte
— Dis-moi la vérité, tu y penses encore ?
La voix de Léa résonnait dans le combiné, un peu rauque, comme si elle venait de courir. J’étais assise sur le bord de mon lit, les jambes repliées, le téléphone collé à l’oreille. Dehors, la pluie fine d’octobre tapait contre la vitre de ma chambre. Il était à peine midi et demi, et j’avais séché les deux derniers cours sans remords.
— Tout le temps, ai-je murmuré. Même en plein milieu du cours d’histoire de l’art, je sens cette chaleur qui monte sans prévenir.
Elle a ri doucement, ce rire qui me fait toujours frissonner. Léa, ma cousine de vingt-et-un ans, celle qui passait ses étés chez nous quand nous étions gamines. Elle était revenue vivre en ville pour ses études, et depuis quelques semaines nos échanges avaient glissé vers des territoires interdits.
— Tu es toute seule chez toi ? a-t-elle demandé soudain.
— Oui. Maman ne rentre qu’à dix-huit heures. Papa est en déplacement jusqu’à demain.
Un silence chargé. J’entendais sa respiration s’accélérer légèrement.
— J’arrive.
Elle a raccroché sans me laisser le temps de répondre. Mon cœur s’est mis à cogner si fort que j’ai cru qu’il allait percer ma poitrine. J’ai jeté un œil à mon reflet dans le miroir de l’armoire : joues rosées, cheveux châtains en bataille, le vieux pull gris qui glissait sur une épaule. Je n’ai pas eu le temps de me changer. Vingt minutes plus tard, la clé a tourné dans la serrure du bas.
J’ai descendu l’escalier quatre à quatre. Léa se tenait dans l’entrée, sac à l’épaule, imperméable dégoulinant. Ses yeux verts brillaient d’une lueur que je ne lui connaissais pas. Elle a secoué ses boucles blondes humides et m’a souri.
— Tu as séché pour moi, petite coquine ?
Je n’ai pas répondu. Je me suis approchée, presque timidement. Elle a laissé tomber son sac et m’a prise dans ses bras. Son corps était froid de la pluie, mais sa bouche, quand elle a frôlé ma tempe, était brûlante.
Nous sommes montées sans un mot jusqu’à ma chambre. La porte s’est refermée derrière nous avec un petit clic définitif. Léa a enlevé son imperméable, révélant un chemisier blanc légèrement transparent à cause de l’humidité. On devinait la dentelle de son soutien-gorge noir.
— Tu trembles, a-t-elle constaté en posant sa main sur ma joue.
— C’est toi qui me fais cet effet.
Elle m’a poussée doucement jusqu’au lit. Nous nous sommes assises face à face. Ses doigts ont glissé dans mes cheveux, les écartant de mon visage. Puis elle s’est penchée et m’a embrassée. Un baiser lent, explorateur. Sa langue a caressé la mienne avec une douceur qui m’a fait gémir malgré moi. Je sentais mes seins se tendre sous le pull, mes cuisses se serrer instinctivement.
Quand elle s’est écartée, ses lèvres étaient humides et gonflées.
— J’y pense depuis cet été, tu sais. Quand on s’est baignées nues dans la rivière, derrière la maison de tante Clara. Tu te souviens comme tu me regardais ?
J’ai hoché la tête, incapable de parler. Cet été-là, j’avais dix-huit ans et elle vingt. Nous avions ri, nous avions plongé, mais quelque chose avait changé dans l’air entre nous. Depuis, chaque texto, chaque appel portait cette tension nouvelle.
Léa a passé son chemisier par-dessus sa tête. Sa peau était laiteuse, parsemée de quelques taches de rousseur sur les épaules. Ses seins lourds tendaient la dentelle noire. J’ai tendu la main, presque révérencieuse, et j’ai suivi du bout des doigts la courbe de son sein gauche. Elle a fermé les yeux et soupiré.
— Touche-moi vraiment, Clara. Ne sois pas timide.
J’ai dégrafé son soutien-gorge. Ses seins ont jailli, ronds et fermes, les pointes déjà durcies. Je les ai pris en coupe, les ai soupesés, puis j’ai approché ma bouche. Quand mes lèvres se sont refermées sur son téton, elle a cambré le dos et poussé un petit cri étouffé. Ses mains se sont crispées dans mes cheveux.
Nous nous sommes déshabillées fébrilement. Mon pull, mon jean, sa jupe, nos culottes. Bientôt nous étions nues sur mon lit d’étudiante, entourées de posters de voyages et de livres ouverts. La pluie redoublait dehors, créant une bulle intime autour de nous.
Léa m’a fait basculer sur le dos. Elle s’est placée à califourchon sur moi, son sexe chaud et humide pressé contre le mien. Nous avons commencé à bouger lentement, frottant nos intimités l’une contre l’autre. Le plaisir montait par vagues, chaque mouvement envoyait des étincelles dans mon ventre.
— Regarde-moi, a-t-elle ordonné d’une voix basse.
J’ai plongé mes yeux dans les siens. Ils étaient dilatés, presque noirs. Elle a accéléré le rythme, ses hanches roulant avec précision. Je sentais son clitoris gonflé frotter contre le mien, nos jus se mélangeant. Mes mains agrippaient ses fesses rondes, les écartant légèrement pour mieux sentir le contact.
Le plaisir est arrivé brutalement. J’ai joui la première, un long spasme qui m’a fait crier son prénom. Elle m’a suivie quelques secondes plus tard, le corps secoué de tremblements, sa tête rejetée en arrière. Nous sommes restées collées, haletantes, nos sueurs mêlées.
Plus tard, beaucoup plus tard, nous étions allongées en cuillère, sa poitrine contre mon dos. Ses doigts traçaient des cercles paresseux sur mon ventre.
— Tu ne regrettes pas ? a-t-elle murmuré contre ma nuque.
— Jamais.
Elle a souri, je l’ai senti dans mon dos. Dehors, la pluie avait cessé. Un rayon de soleil timide perçait à travers les nuages. Léa s’est redressée sur un coude et m’a regardée avec une tendresse nouvelle.
— On a tout l’après-midi. Je veux te goûter maintenant.
Elle a glissé le long de mon corps, écartant mes cuisses avec douceur. Quand sa langue a touché mon sexe encore sensible, j’ai sursauté. Puis je me suis abandonnée. Elle me léchait avec une lenteur experte, alternant petits coups rapides et longs passages plats. Ses doigts ont rejoint sa bouche, pénétrant doucement en moi tandis qu’elle suçait mon clitoris.
Le deuxième orgasme a été plus profond, presque douloureux de plaisir. J’ai serré les draps entre mes poings, le dos arqué, en répétant son nom comme une prière.
Quand elle est remontée, son menton brillait de moi. Je l’ai embrassée avidement, goûtant mon propre plaisir sur ses lèvres. Puis c’était mon tour de descendre. J’étais moins habile, mais l’envie compensait tout. J’ai découvert le goût doux et légèrement salé de Léa, la façon dont elle se contractait autour de mes doigts, ses petits gémissements quand je trouvais le bon rythme.
Nous avons joui encore, plusieurs fois, dans différentes positions. Sur le côté, à quatre pattes, même debout contre le mur quand nous n’avons plus supporté d’être allongées. Chaque fois plus intenses, chaque fois plus confiantes.
À seize heures, épuisées, nous nous sommes douchées ensemble. L’eau chaude ruisselait sur nos corps marqués de suçons discrets. Nous nous sommes savonnées mutuellement, avec des gestes tendres qui n’avaient plus rien d’urgent.
Assises ensuite à la petite table de la cuisine, une tasse de thé à la main, nous n’avons presque pas parlé. Juste des sourires, des regards qui en disaient long. Léa a posé sa main sur la mienne.
— Je reviendrai demain si tu veux.
J’ai serré ses doigts.
— Je veux.
Elle est partie vers dix-sept heures. J’ai regardé sa silhouette s’éloigner dans la rue encore mouillée. Puis je suis remontée dans ma chambre. Les draps froissés portaient encore nos odeurs mêlées. Je me suis allongée au milieu, nue, et j’ai fermé les yeux, revivant chaque seconde de cet après-midi volé.
Demain, je sécherai encore les cours. Et après-demain aussi, s’il le faut.